Vers une nouvelle Constitution : Expertises et défis
Le projet de nouvelle Constitution que vient
de lancer le président de la Transition, le Col Assimi Goïta, ne manquera pas
d’expertises. Avec une certaine hantise...
L’histoire du Mali moderne est marquée au
plan institutionnel par au moins trois tentatives infructueuses de réforme
constitutionnelle. Il s’agit de la tentative du président Alpha Oumar Konaré en
1999 puis rejeté en 2001, de celle du président ATT en 2012 et enfin
l’initiative du président IBK, en 2017, avec le célèbre « Anté
abanna » (le front du refus). Tous ces processus de simples révisions
constitutionnelles n’ont pas abouti faute d’un consensus et surtout parce que
les présidents initiateurs étaient plus ou moins soupçonnés d’avoir un agenda
caché, celui d’un troisième mandat par exemple à la tête du pays. Ce qui fait
qu’une majorité des forces vives du Mali concluent aujourd’hui que c’est un
pouvoir de Transition, n’ayant a priori aucune ambition de se faire réélire qui
pourrait opérer avec succès une reforme voire une refonte de la Loi
fondamentale du Mali. Quand on sait que tout le monde s’accorde à reconnaître
que la Constitution en vigueur, celle du 25 février 1992 sombre dans une forme
de désuétude avancée (de nombreuses insuffisances qu’il urge de corriger et
d’actualiser).
Avec tous ces essais de modification
constitutionnelle ou de rédaction d’une nouvelle Constitution, le Mali se
retrouve avec une expertise avérée dans le domaine. Puisque les réflexions, les
ateliers et séminaires d’échanges, les table-ronde, les débats, les
avant-projets de textes constitutionnels ont foisonné avec leurs conclusions
dans nos archives. A titre d’exemple des juristes et experts de haut niveau
comme Daba Diawara, Me Kassoum Tapo, Pr Makan Moussa Sissoko. A ceux-ci, l’on
peut ajouter d’autres personnalités ayant mis la main dans la cambouis par
rapport à cet effort national de réajuster le dispositif constitutionnel. De
brillants avocats et constitutionnalistes comme Me Mountaga Tall, Dr Ibrahim
Fomba, Me Hassane Barry, Me Mamadou Gakou, des personnes ressources dont
l’ancien Médiateur de la République Baba Hakib Haïdara… Le pouvoir de
transition devrait explorer les pistes de ces expertises, car, comme l’adage le
dit, « c’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle ».
Sauf que l’exploitation de cette expertise n’anéantira pas les défis sur le
chemin.
« Une
révision constitutionnelle ne vaut que par une adhésion populaire et
consciente », déclarait, en novembre 2001, le président Alpha Oumar
Konaré. Le projet du Colonel Assimi Goïta bénéficiera-t-il de l’adhésion
souhaitable ? Quid des entraves juridiques déjà évoquées ça et là ?
Si l’initiative d’une révision constitutionnelle doit émaner du
« président de la République » ou des « députés », force
est de reconnaître qu’aujourd’hui, le Mali n’a ni l’un ni les autres !
Sans compter que l’article 118 de la Constitution en cours empêche tout
référendum constitutionnel lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du
territoire national. Ce qui semble être le cas aujourd’hui.
Mais
ces défis peuvent être relevés si les plus hautes autorités rassemblent toutes
les forces vives du pays pour s’accorder avec elles sur l’impérieuse nécessité
d’un accord politique afin d’aller résolument vers l’adoption de cette nouvelle
Constitution ouvrant la IV ème République au Mali.
Rappelons
que c’est par le Décret N 2022-0342/PT RM 10 juin 2022 qui lance ce processus
d’adoption d’une nouvelle Loi fondamentale au Mali. Le texte, signé par le
président de la Transition, dispose en son article 1, qu’il est
créé auprès du président de la transition, une Commission de rédaction chargée
d’élaborer un avant-projet de loi portant constitution de la République du
Mali, dans le cadre de la refondation. Et l’Article 2 de préciser que « La
Commission comprend: un président, un rapporteur général, un rapporteur général
adjoint, des experts, un personnel d’appui ».
Enacdré
Décret N. 2022-0342 PT/RM 10 juin
2022 portant
création, mission, organisation et fonctionnement de la Commission de rédaction
de la nouvelle constitution
Ce texte crée auprès du président de la
transition, une Commission de rédaction chargée d’élaborer un avant-projet de
loi portant constitution de la République du Mali, dans le cadre de la
refondation. Celle-ci comprend un président, un rapporteur général, un rapporteur
général adjoint, des experts et un personnel d’appui. Et c’est le président de la Transition qui nomme le président, les rapporteurs et les experts de cette
Commission par décret, tandis que le personnel d’appui est nommé par arrêté du
président de la Transition sur proposition de la Commission. Le texte précise que le président de la Commission planifie, dirige et
coordonne les activités de la Commission. Celle-ci peut faire appel à des personnes ressources et consultera l’ensemble des
forces vives de la nation. Elle a deux mois au plus pour remettre au chef de
l’Etat un rapport de fin de mission et l’avant-projet de Constitution.
Source : Mali Horizon
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