Point d’histoire : pourquoi l’appellation l’Afrique au sud du Sahara ?
L’Afrique a la plus vieille histoire
du monde et les Européens ne l’ont pas «découverte»:
ce qu’ils ont découvert (plus tard que les autres), et ce dont ils ont
construit l’idée, c’est «leur» Afrique.
En revanche, l’histoire africaine liée au monde méditerranéo-asiatique musulman
et à celui de l’océan Indien (dont l’essor intervint entre le Vème
et le XVème siècles) leur est demeurée tardivement inconnue. Or elle
fut très importante. Les Européens ne commencèrent à pénétrer le continent
qu’en 1795, quand l’Ecossais Mungo Park atteignit le fleuve Niger, alors que
les Arabes du Maghreb l’avaient atteint dès le IXème siècle, et que
ceux d’Arabie étaient arrivés sur la côte orientale d’Afrique bien avant
l’époque romaine.
D’abord,
parce que la dénomination «Afrique noire»
est un héritage colonial qui implique de définir tous les habitants du
subcontinent par leur aspect physique, leur couleur de peau, qui est loin
d’être aussi uniforme que cet adjectif le laisse entendre. Cette simple
remarque permet de relativiser le regard «euro
centré» lié à la couleur à propos du continent africain. Car, être «noir» ou «beur» («arabe» en
verlan, c’est-à-dire d’ascendance maghrébine) ne se remarque que si la majorité
des autres ne le sont pas.
Le
terme «noir» choque quand il est
utilisé par une majorité (blanche) envers une minorité discriminée. Or, pour un
Français qui va en Afrique au sud du Sahara, tous les Africains se ressemblent
à première vue car la couleur saute aux
yeux et efface le reste.
Pour
un Africain qui arrive en France, c’est exactement la même chose en sens
inverse. La «condition noire», selon
le titre de l’ouvrage de Pap Ndiaye (2008), pose question aux Français de
couleur dans l’Hexagone et plus encore dans les
DOM (Département d’outre-mer), mais assurément pas en Afrique. Les
Africains d’Afrique sont bien plus détendus que les African- Americans sur la «négritude», dont ils tirent au
contraire une certaine fierté.
Il
faut aussi éviter en histoire l’expression d’«Afrique précoloniale». Elle préjuge et projette dans le passé un
état et des processus qui sont advenus tard dans l’histoire du continent, et
dont les Africains d’autrefois n’avaient pas la moindre idée. La quasi-totalité
des régions africaines n’ont pas été, jusque très récemment, colonisées par des
puissances extérieures au continent (hormis l’Égypte, conquise par les Grecs,
et colonisée au XVIIIème siècle par le sultanat d’Oman puis de
Zanzibar).
Certaines
d’entre elles, en revanche, furent colonisées par d’autres peuples africains
(c’est également ce qui s’est passé sur les autres continents). Mais, dans leur
immense majorité-sauf pour l’Afrique du Sud, ces régions sont restées
indépendantes vis-à-vis des Européens jusqu’à la fin du XIXème
siècle, y compris pendant la période de la traite atlantique (il y a cependant
des exceptions, comme le port de Luanda, occupé continument par les Portugais
depuis le XVIème siècle).
Enfin,
l’indépendance (en 1956 du Soudan, en 1957 au Ghana, mais seulement en 1963 au
Kenya ou en 1990 en Namibie) ne fut pas une nouveauté pour un petit nombre de
vieux Africains nés avant la colonisation (étant entendu que le processus ainsi
qualifié n’a pas grand-chose à voir avec les indépendances de jadis).
Catherine Coquery-Vidrovitch, «Petite histoire de l’Afrique»
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