Point d’histoire : les chemins de fer en Afrique
Symboles de la colonisation, les
chemins de fer furent construits pour permettre l’exportation des matières
premières (huile de palme, arachide, coton, bois, café, minerais) vers les
métropoles car les fleuves africains n’offraient pas de facilités de
pénétration vers l’intérieur. Raison première de la conférence de Berlin,
l’État libre du Congo fut l’un des premiers à entreprendre la construction d’un
chemin de fer: il était destiné à relier Léopoldville (Kinshasa) au port de
Matadi, au fond de l’estuaire du Congo (1887). Il fut pratiquement contemporain
du Dakar-Saint-Louis (1886), qui acheva de marquer la conquête du Sénégal
occidental en mettant fin au royaume du Cayor.
Le
chemin de fer ne s’enfonçait pas au cœur du continent, mais cela revenait à la
même chose, car Dakar, port en eau profonde, devait remplacer Saint-Louis qui
recevait par le fleuve les marchandises de l’intérieur. La construction des
grands chemins de fer débuta avant la guerre, de 1914-1918, après que la
colonisation eut assuré son emprise à l’intérieur du continent et déterminé les
zones de développement.
Entrepris
la plupart du temps sous le régime du travail forcé, les travaux sous le régime du travail forcé, les travaux firent de
nombreuses victimes et constituent les pages les plus sombres de la
colonisation.
L’expression
«un mort par traverse» employée à
propos de la construction du Congo-Océan (Brazzaville-Pointe-Noire), en
1921-1934, a été reprise comme un leitmotiv pour la plupart des autres voies
ferrées africaines. La raison en était les maladies (paludisme, choléra), la
sous- alimentation, l’absence de sécurité et le manque de matériel, l’emploi
d’une main-d’œuvre non adaptée et surexploitée.
Le
train de Benguela financé par des capitaux britanniques pour exporter le cuivre
de Zambie et du Katanga fut commencé, en 1914. Celui de Mombassa pour atteindre
l’Ouganda par les hauts plateaux kenyans (Nairobi) fut mis en chantier dès
1899. Comme les chemins de fer de l’Afrique orientale, il répondait au rêve de
Cecil Rhodes de joindre Le Cap au Caire par un chemin de fer avec des bretelles
donnant accès aux côtes. Cette politique fut mise en application par Frederick
Luggart, coordonnateur de la colonisation britannique.
Sur
les plateaux du Kenya, les travailleurs indiens embauchés sous contrat à Bombay
tinrent mieux le coup que les coolies chinois dans la brousse congolaise. Ils
restèrent sur place une fois le chemin de fer construit, et constituèrent bien
vite une classe intermédiaire (petits marchands et petits fonctionnaires) entre
les colonisateurs et les Africains. Alors qu’en 1917 le chemin de fer
franco-éthiopien, commencé vingt ans plus tôt, désenclavait l’Ethiopie du
négus, au Soudan français, le Dakar-Niger mettait Bamako et le futur grand
projet rizicole (avorté par suite) de l’Office du Niger à deux jours de Dakar
(années 1920).
Dans
le golfe de Guinée, des voix ferrées permettaient aux produits des interlands
de la Côte d’Ivoire, de la Côte-de-l’Or (Ghana), du Togo, du Dahomey, de la
Guinée et du Nigeria d’être chargés en bon état dans les ports de la côte
(1920-1925).
En
Côte d’Ivoire, sous la pression des planteurs européens, les régions plus
riches de la colonie de Haute-Volta furent annexées à la colonie ivoirienne et la prolongation de la voie de
chemin de fer mit les travailleurs voltaïques à la portée des grandes
plantations de la zone forestière
(1923).
Après
la Seconde Guerre mondiale, la
construction des chemins de fer fut liée, encore plus que par le passé, à
l’exploitation des matières premières: Zouérate (Frederick)-Port-Etienne
(Nouadhibou) en Mauritanie (années 1960); Tanzam (Tanzanie-Zambie) pour
exporter le cuivre de Zambie par le port
tanzanien de Dar es-Salam en raison de la guerre en Angola (train de
Benguela) et de la volonté politique d’éviter les chemins de fer de l’Afrique
du Sud de l’apartheid. Le Transgabonais, construit à la fin des années 1980
pour transporter le manganèse et le fer de l’intérieur, est le dernier grand
chemin de fer construit en Afrique.
Bernard NANTET
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