Point de mire : l’Afrique, nouvel enjeu stratégique
Le temps de la
mondialisation (compétitivité, ouverture, adaptation aux nouvelles donnes,
etc.) n’est pas celui du développement économique (en termes de mise en place
d’institutions, de construction des marchés, de progrès durables de
productivité) ni celui des trajectoires socio- historiques des sociétés
africaines (construction des États et des nations, redéfinitions des frontières
et doubles légitimations externe et interne des pouvoirs). Les Afriques
construisent leur propre modernité en combinant leurs temps historiques propres
et le temps de la mondialisation. Or, comment concilier ces différentes
temporalités et favoriser une mondialisation négociée et une ouverture
maîtrisée.
Après la chute du Mur
de Berlin, les regards européens, voire les capitaux, ont eu tendance à se
tourner vers l’Est. L’Afrique n’a plus été l’enjeu d’une surenchère idéologique
comme pendant la guerre froide. Ceci ne signifiait pas, bien au contraire, la
fin des rivalités diplomatiques et des luttes factionnelles appuyées par des
puissances étrangères. La montée des tensions et des conflits est d’autant plus
importante que les enjeux économiques
concernant davantage les captations de ressources naturelles (exemple du
diamant ou du pétrole) et le contrôle des trafics (contrebande, drogue) que les
conquêtes de marchés. L’Afrique redevient stratégique pour des raisons de
sécurité, du fait de ses ressources en matières premières et de sa
biodiversité. Les enjeux pétroliers et environnementaux sont devenus
croissants. Les perceptions vis-à-vis de l’Afrique oscillent entre la peur et
la volonté de protection, la prise en charge et l’ingérence pour éviter des
catastrophes, voire la nouvelle frontière pour les entreprises. Les maux de
l’Afrique peuvent avoir des effets de boomerang en termes de flux migratoires,
de contagion des épidémies, d’exportation de la violence ou d’États décomposés
constituant des sanctuaires pour les terroristes.
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