L’islamophobie fille de l’islamisme : comment un certain discours anticolonial absout les islamistes
L’islamophobie
est née de l’islamisme. On aura beau parler de calcul électoraliste en
Occident, de défaite de l’altérité, de peur, de rejet et de racisme, la
filiation est d’abord celle de l’islamisme. C’est cette dérive totalitaire, sur
le corps ou l’espace, avec son ambition mondiale et ses expressions violentes
ou moyenâgeuses, qui ont inventé l’islamophobie.
Si
aujourd’hui l’islam fait peur et provoque le rejet, c’est parce qu’on tue en
son nom, on massacre et on s’e réclame pour habiller l’horreur ou lé déni de
soi et des siens; il n’est plus la forme d’une foi, mais d’un refus de vivre et
de laisser vivre. Et si aujourd’hui l’islam est islamisme, c’est aussi parce que les gens de sa foi se
taisent, laissent faire et s’accommodent
de la prise en otage de leur parole et de leur statut de victime pour
geindre et confondre droits et abus.
L’islamophobie
est le délit de ceux qui y recourent comme réflexe de ceux qui laissent faire,
de ceux qui ne font rien d’autre que s’agiter contre une caricature sans
manifester contre un Daech qui joue sur les ruptures et nourrit les peurs. Si
l’islamophobie n’est pas un bon
programme politique d’avenir, Dieu n’est pas un burkini non plus.
Du
coup, la polémique sur le burkini, en France, aurait pu être «saine» si elle n’avait pas été
intoxiquée par la peur nourrie par les obtusions. Si, en France, cette tenue
surréaliste et hideuse fait peur, c’est qu’elle
rappelle les attentats, la mort, signifie le recul et la débâcle de la
liberté, incarne le sort promis aux femmes, aux corps et aux valeurs de ce
pays, ainsi qu’aux libertés en général. Le rejet ne pouvait qu’être violent et
ne pouvait que servir aux crieurs publics.
D’un
coté, le burkini servira à voiler l’état d’un pays, de l’autre, à jouer aux
victimes. Dans les deux (02) cas, les extrémismes en sortent gagnants. Un
politique français avait raison d’appeler à la discrétion car, au moment des
crispations, l’enjeu est de sauver une foi et une culture, pas de procéder à
des démonstrations de force et d’entêtement. Le pire est qu’au Sud la
dénonciation de l’islamophobie ne sert plus à la prise de conscience de nos
responsabilités, mais seulement à revitalise le discours postcolonial
antifrançais et antioccidental.
Dangereuse
dérive qui, au nom de la dénonciation du crime colonial ou «impérialiste», s’allie avec le discours
islamiste pour parler des libertés en France et réclamer le droit au burkini au
nom du droit du décolonisé ! Des éditos crieront, au sud, à l’outrage et à
la dérive en France, mais sans jamais s’émouvoir des christianophobies
largement nourries, autorisées et inscrites dans les cultures populaires. Une
alliance invraisemblable quand on sait de quoi ont souffert les élites sous les
terreurs islamistes en Algérie, il y a dix (10) ans, seulement.
Conclusion ? Terrible: dans le
brouhaha du moment confus, seul l’islamisme semble avoir tout compris. Il joue
aujourd’hui avec aisance même à l’islam à l’islam crucifié.
Kamel Daoud
Source : L'Inter de Bamako
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