Les transitions et les scandales politico-financiers au Mali : • 19 novembre 1968. Les membres du CMNL se partagent 14 millions de FM au nom de la prime de risque de vie • 26 mars 1991. Affai
C’est devenu une tradition au Mali.
Chaque transition politique se donne un nom à travers des affaires ténébreuses.
Et celle de 2020 n’a pas échappé à la règle. Elle va de scandales en scandales,
compromettant d’ailleurs le slogan ‘‘Mali
Koura’’. Comme une malédiction, les transitions hantent l’esprit des
Maliens, depuis le 19 novembre 1968.
Sans qu’il ne sache leur projet
politique et social, le peuple malien, à l’avènement de chaque transition
politique dans notre pays, soupire, acclame, accueille les nouveaux dirigeants
avec joie et bonheur. Ilse dit convaincu que les nouveaux venus aux commandes vont
déchirer à jamais la page de la mauvaise gestion du régime déchu pour instaurer
une vraie gouvernance. Obnubilé par leurs discours travestis et sensationnels,
il ne récolte au bout du compte que déception, désespoir et frustration.
Malheureusement, celle qui devrait mettre fin à cette série noire s’est déjà
embourbée. La transition de 2020, qui incarnait tous les espoirs d’un nouveau
départ pour le Mali, gère ses nombreux scandales qui jalonnent déjà son
parcours en dents de scie.
S’il faut que chaque transition dans
notre pays soit émaillée de pratiques de corruption, de népotisme, de
favoritisme, de détournements de fonds publics, il serait bon que le Malien
apprenne à aimer sa patrie, à être sérieux dans le travail à lui confié par la
nation, à se respecter et respecter les autres pour qu’on évite à notre pays
des situations désagréables. Sinon, les régimes d’exception seront toujours les
bienvenus et avec les dégâts que nous connaissons tous.
Arrivés en ‘‘libérateurs’’, en ‘‘sauveurs’’
et appelés par leurs soutiens ‘‘hommes
exceptionnels’’, ‘‘hommes
providentiels’’, ‘‘hommes de la
situation’’, les putschistes n’ont pas aussi été clean que leurs
prédécesseurs dans la gestion de l’appareil d’État. Ils n’ont pas donné un bon
exemple comme eux-mêmes se définissaient dans leurs premières déclarations pour
rassurer le peuple du bien-fondé de leur acte. Ils se sont toujours
caractérisés par des affaires ténébreuses, ouvrant la boîte de pandore. Le
tableau du déshonneur de la transition au Mali continue, depuis le 19 novembre
1968 jusqu’à nos jours.
19 novembre 1968. Au nom d’une prime
de risque de vie, 14 millions de FM volés par les membres du CMNL à la BDM
Venus libérer le Mali, selon la
soldatesque qui a pris le pouvoir par effraction un 19 novembre 1968, les
membres du Comité militaire de libération nationale (CMLN) ont donné le ton du
pillage systématique des richesses nationales à leur profit. Un officier, un
membre très influent du CMNL, lors du procès politique, en octobre 1978, de la
‘‘Bande des trois’’, auteur du coup
d’État avorté du 28 février 1978, dit ceci: «Vingt- quatre heures après le coup d’Etat, chaque membre du CMLN a pris
un million de franc malien à la banque». Ils ont appelé cette somme ‘‘la prime de risque de vie’’. Pour eux, en faisant le coup d’État,
ils ont risqué leur vie. En fait, beaucoup d’analystes ont trouvé parmi les
raisons du coup d’État du 19 novembre 1968, l’enrichissement personnel de
certains membres du CMLNN.
Ce vol crapuleux n’allait jamais se
retrouver à la place publique, si les auteurs du putsch de 1968 ne s’étaient
pas trahis. Comme dit l’adage, le bien mal acquis ne profite jamais.
La sécheresse des années 1973-1974 a
été une autre chance pour les militaires au pouvoir de continuer leur politique
d’enrichissement illicite et personnel. Les dons et les aides fournis par la Communauté
internationale pour aider notre pays à faire face aux conséquences désastreuses
de la sécheresse ont été détournés par des hommes forts de l’époque. Selon les
opposants au régime militaire, l’argent issu de la vente de cette solidarité
internationale a servi à construire des villas, appelées des ‘‘villas de la
sécheresse’’.
Le régime d’exception a duré de 1968 à
1978. Il a été appelé ainsi à l’époque. Et à partir des années 1990, il a pris
le nom de transition.
26 mars 1991. L’affaire de 7 milliards
de F CFA du Trésor éclabousse la transition démocratique
Le coup d’État
perpétré par le lieutenant- colonel Amadou Toumani Touré (ATT), le 26 mars
1991, contre le général Moussa Traoré, accusé de tous les noms d’oiseaux par
des pseudo- démocrates, avait suscité l’espoir et l’enthousiasme chez le peuple
malien. Mais avec l’affaire du Trésor, les gens ont compris que les maux
dénoncés sous l’ancien régime ont été maintenus et renforcés par la transition
qui devait traduire en acte concret le slogan de la contestation populaire: le
Kokadjè (assainissement de la vie publique.
Que s’est- il passé ?
«Des opérateurs miniers ont fabriqué de faux
documents (factures et bordereaux de livraison) attestant l’achat de carburant,
et tissé une longue chaîne de complicité active et passive avec les
responsables de certains services de l’État (Direction nationale de la géologie
et des mines, Direction nationale des douanes, Service général de surveillance,
etc.) pour se faire rembourser indûment des montants représentant des
exonérations sur les quantités de carburant prétendument achetés. Le Service du contentieux de l’Etat
estime le montant des décaissements frauduleux à près de 2 milliards 500
millions de F CFA.
Le trou de 5 milliards 400 millions de F CFA causé par l’affaire du
Trésor représente le coût d’aménagement de 2000 hectares de terre dans la zone
irrigable de l’Office du Niger. Le décaissement frauduleux de près de 2, 4
milliards de F CFA dans l’affaire des exonérations représente les coûts de
construction et d’équipement de 100 centres de sante communautaire.»
Ces
informations sont tirées du livre de M. Ali Cissé «Mali: Une démocratie à
refonder».
22 mars 2012. Le pillage en bandes
organisées des maigres ressources de l’État
Contraint à la démission par l’homme
fort de la junte militaire, le capitaine Amadou Haya Sanogo, le Premier
ministre, Cheick Modibo Diarra, est parti sans honneur à la tête du
gouvernement de la transition, en août 2012. Mais cela n’enlève en rien aux
mérites de l‘homme durant le peu de temps qu’il a passé à la primature. Parmi
lesquels, on peut citer la maîtrise totale des prix des produits de grande
consommation durant le mois de ramadan qui a coïncidé avec son passage comme
chef de l’exécutif malien.
Ce départ précipité du Premier
ministre, ‘‘plein pouvoir’’, a été
une aubaine pour les militaires pressés de prendre d’assaut les caisses de l’État
pour se faire une santé financière auprès de la gent féminine bamakoise et les
hommes politiques qui ont fait leur entrée au nouveau gouvernement pour
continuer leur sport favori: corruption, délinquance financière, prédation,
gaspillage des richesses nationales, vol crapuleux des biens de l’État,
détournements de deniers publics, surfacturation, népotisme, clientélisme,
clanisme et spoliation des paysans de leurs champs. Ce duo (militaires et
civils politiques au gouvernement) a profité de sa responsabilité au sommet de
l’État pour mettre à sac les fonds publics destinés à la construction des
infrastructures. C’est ainsi que des dizaines de milliards débloqués sous ATT
pour la construction de la voie retour Bamako-Ségou ont été détournés. Ils ont
servi à financer la campagne électorale du candidat du Rassemblement Pour le
Mali (RPM), Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Cette affaire ne pouvait pas être sur
la place publique parce que le représentant des membres du Comité national pour
le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE) a été
élu président de la République. Et les traces ne pouvaient que disparaître miraculeusement.
À cela s’ajoutent les reformes des
véhicules neufs de l’État, des surfacturations, des malversations financières,
de la ponction et plusieurs autres
affaires sales. Cette hémorragie financière a été possible avec l’arrivée des
hommes politiques ministres à la tête des
fonctions stratégiques.
L’espoir assassiné avec des affaires
sulfureuses de recrutement, de concours et d’attribution de logements sociaux
Le slogan
trompeur ‘‘Mali Koura’’ n’a pas résisté à l’épreuve du
pouvoir. Quelques mois de gestion des hommes de la rectification de la
transition ont montré que les vieilles habitudes ont la vie dure. Comme pour
dire que ceux qui ont produit le système des mauvaises pratiques et adopté
comme mode de gouvernance ne peuvent en aucune manière lutter efficacement
contre leur ‘‘chose’’. C’est ce qui s’est manifesté dans les
recrutements, concours et d’attribution des logements sociaux. Il ne serait pas
exagérer de dire que c’est pire que sous le règne d’IBK, chassé du pouvoir en
août 2020 pour les mêmes pratiques.
Il a été
constaté qu’à la place de nouvelles méthodes de gestion qui devaient créer les
conditions nécessaires pour l’avènement d’un Mali Koura, c’était de la poudre
aux yeux. Les mêmes mauvaises pratiques sous Ibrahim Boubacar Keïta ont servi à faire figurer beaucoup de proches, parents, alliés
politiques sur les listes des admis, des recrues et bénéficiaires de logements
sociaux. Il s’agit entre autres de clanisme, de népotisme, de favoritisme, de
corruption, etc. Et pour tromper la vigilance du peuple afin de faire baisser
la tension sociale, on se précipite à mettre en place des commissions
d’enquête. Comme pour dire que rien ne sera comme avant. Ironie du sort, dans
le cas du concours de la police, il est demandé aux gens de d’énoncer des cas de corruption.
Ils (les auteurs des coups d’État) ont
tous justifié leur arrivée au pouvoir par l’échec des régimes renversés,
accusés de mauvaise gestion et de conduire le pays au bord de la faille. Mais
derrière ce vernis se cache leur volonté de s’emparer des richesses du pays à
leur seul profit. Coincé entre la mauvaise gouvernance des transitions
politiques incarnées par les militaires et celle des démocrates prédateurs, le
peuple malien ne sait plus à quoi s’en tenir désormais. D’un côté comme de
l’autre, c’est la déception totale.
Face à ces échecs récurrents des
Maliens à gérer leur propre pays, n’est-il pas temps, au nom de l’intégration
africaine, de faire appel à d’autres compétences ?
Yoro SOW
Source : L’Inter de
Bamako
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