Environnement : quelles sont les principales menaces pour la faune et la flore africaines ?
Les soupçons encourus par le
malheureux pangolin comme acteur involontaire de la pandémie de COVID-19
illustrent la mise en danger de la faune et de la flore africaine, les deux
(02) menaces étant souvent liées. Ce fourmilier existe sous la forme de
plusieurs espèces en Afrique et en Asie.
Recherché
pour sa chair et pour ses écailles parées de vertus thérapeutiques et aphrodisiaques,
il est entré dans la liste des protégés de la Convention sur le commerce
international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites,
l’acronyme en anglais) qui réunit 182 pays de l’Union européenne (UE). La Cites
range dans différentes annexes les
espèces dont elle peut interdire totalement (annexe 1) ou limiter (annexes 2 et
3) le commerce.
Le
pangolin asiatique étant entré dans l’annexe 1 en 2000, les Chinois, très
demandeurs de ce mets et des dérivés de ses écailles en pharmacopée, ont organisé des réseaux
d’importation clandestins depuis l’Afrique. La «ressource» africaine étant sur le point de disparaître à son tour,
la Cites finit par la classer en annexe 1 en 2017. Du coup, tout un trafic
s’organise entre braconniers africains et commerçants chinois sur place qui
stockent leurs achats de pangolin, souvent sous forme congelée, avant de les
expédier vers l’Asie depuis des ports-Lagos et Douala en tête, où les faux documents
douaniers ne sont pas rédhibitoires.
L’hécatombe
des éléphants est l’exemple le plus souvent cité. De savane ou de forêt, les
pachydermes sont passés d’environ 1,2 million d’individus, en 1980, à quelques
400 000 aujourd’hui. Toujours en Afrique, les rhinocéros, tombés de 65 000,
en 1970, à seulement 5 500, toutes espèces confondues, ont totalement
disparu des pays sahéliens. Les girafes, au nombre de 150 000, il y a
trente (30) ans, ne sont plus que 100 000, et leur espèce n’est plus qu’un
souvenir en Afrique de l’Ouest.
Dans
le domaine aquatique, les thons et les sardines qui firent la richesse des eaux
territoriales sénégalaises et mauritaniennes diminuent de taille et doivent
être pêchés de plus en plus au large. Des populations très recherchées pour la qualité
de leur chair, telles les raies-guitares, sont en voie d’extinction silencieuse
à cause de la surpêche. Des arbres réputés pour la qualité de leur essence,
voire symboliques d’un pays, tel le cyprès du Mulanje, au Malawi, n’existeront
bientôt plus que dans les encyclopédies si des mesures de protection radicales
ne sont pas prises. Riche en espèces animales et végétales, la forêt humide du
bassin du Congo, encore grande comme deux fois la France et située pour plus de
la moitié en République démocratique du Congo (RDC), est tellement dégradée
qu’elle figure dans un Atlas des lieux disparus.
La
Cites a mis les éléphants en annexe 1 (ce qui revenait à une déclaration de
guerre aux marchands d’ivoire) jusqu’à ce que l’Afrique du Sud, le Botswana, la
Namibie et le Zimbabwe obtiennent une rétrogradation en annexe 2. Sur quoi, en
2020, le Botswana, pays qui détient à lui seul le tiers de la population totale
en Afrique, s’est mis à vendre des permis de chasse… aux enchères.
En
revanche, le Gabon, où se trouve aujourd’hui la majorité des éléphants de
forêt, a entrepris une lutte armée contre les braconniers, dans les parcs
nationaux de Minkébé et d’Ivindo. Ce pays a pour politique officielle de
consacrer plus de 10% de son territoire à la préservation de la faune, ce qui
lui est plus facile qu’à d’autres en raison de sa faible densité démographique.
Ailleurs,
la surpopulation est à l’origine des abus de l’agriculture sur brûlis, pratique
traditionnelle acceptable dans la savane qui se régénère vite, mais désastreuse
quand elle est étendue à la forêt. Son grignotage s’ajoute alors à l’abattage
des arbres pour les besoins d’une industrie du bois intensive et sans
scrupules. La production industrielle de denrées comme l’huile de palme exige
aussi un défrichement bien plus important que celui provoqué par l’agriculture
de subsistance.
La
déforestation a parfois des conséquences très perverses. Cause d’elle, au
Kenya, l’eau de pluie n’est plus retenue aux abords de lacs à eaux salines;
diluées, celles-ci s’appauvrissent en crustacés et petites algues, nourriture
des flamants roses qui désertent les lieux. Ailleurs, la faune est menacée par
des maladies dues à des espèces importées par les hommes. La souche de la
tuberculose bovine est arrivée en Afrique australe en même temps que le bétail
avec lequel les Européens avaient débarqué au cap de Bonne-Espérance, au XIXème
siècle. Elle a contaminé rhinocéros, lions, léopards, éléphants.
Au
point de nécessiter une coûteuse campagne de vaccination dans le parc Kruger
d’Afrique du Sud, célèbre pour ses troupeaux de pachydermes. Malgré les dangers
inhérents à la concentration d’animaux «sauvages»
dans les réserves, celles-ci constituent une de leurs dernières chances de
survie. En Afrique, il n’y a pratiquement plus de fauves libres.
Source : L’Afrique
Nouveau commentaire