Edito : Mon colonel restez arbitre
Depuis l’adoption de la loi électorale par le CNT et sa
promulgation par le Président de la transition, le colonel Assimi Goïta, les
rumeurs vont bon train sur une éventuelle candidature à la présidentielle du
chef de la junte. Si cette loi électorale a été applaudie par une écrasante
majorité de la classe politique, parce qu’elle a été inclusive et consensuelle,
elle ne manque pas non plus de susciter des réactions car contenant des indices
qui laissent planer le doute sur les ambitions présidentielles du Président de
la transition. Un article de la loi fait allusion à la probable candidature à
la présidentielle pour tout militaire, à la seule condition de démissionner
quatre mois avant les élections. Cette fenêtre semble être ouverte et surtout
taillée à la mesure du Colonel Assimi Goïta pour qu’il ne lâche pas du tout le
pouvoir après les élections censées mettre fin à la transition. De quoi
avez-vous peur pour lâcher le pouvoir à la fin de la transition ? Ne pouvez-vous pas vous inspirer de l’exemple
d’Amadou Toumani Touré en organisant une transition inclusive et consensuelle
pour rendre le pouvoir aux civils et puis retourner dans les casernes, quitte à
revenir 5 ou 10 ans après ? Savez-vous que les réformes déjà enclenchées
ne pourront jamais aboutir si vous êtes juge et partie ? Savez-vous
également que si Alpha, ATT et IBK ont échoué dans leur tentative de réviser la
constitution c’est parce qu’on leur a prêté l’intention de briguer un troisième
mandat ?
Mon Colonel restez arbitre
Les laudateurs, les opportunistes et autres zélateurs vont
certainement multiplier les actions de séduction pour vous inciter, voire vous
pousser à faire acte de candidature comme ils ont soutenu souvent sur du faux ATT
et IBK jusqu’à leur chute pour ensuite être avec les nouveaux maîtres du jour
en vilipendant ceux-là même qu’ils encensaient. Vous gagnerez en notoriété, en
crédibilité, en estime et en personnalité en renonçant à être candidat et en
étant neutre et arbitre pour mener les réformes, qui sont, du reste,
indispensables pour non seulement mettre fin aux cycles infernaux de coups
d’Etat, mais aussi et surtout pour faire de notre pays, un Etat démocratique et
au diapason des Etats modernes. Quoi de plus beau pour un officier de l’armée
qui écrira une belle page de l’histoire récente de son pays comme John Jerry
Rawlings du Ghana. En s’abstenant à être candidat, mon colonel, vous réussirez
sans nul doute à rassembler la classe politique et une bonne partie de la
société civile autour de vos ambitieux projets comme la nouvelle constitution
et les autres réformes. Pour rappel Il y
a déjà une sorte de levée des boucliers contre la rédaction de la nouvelle constitution
et si jusque-là le combat n’est pas frontal c’est parce que votre candidature
n’est que de la rumeur. Donc il y a vraiment nécessité pour vous de clarifier
votre position afin de couper court à cette fallacieuse rumeur.
Mon colonel restez arbitre et neutre
Et il est grand temps que vous mettiez fin au long suspens
pour se tourner résolument vers les réformes. Pour rappel si les Présidents
Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré et Ibrahim Boubacar Keita ont échoué à
réviser seulement la Constitution de 1992 c’est parce qu’on leur a prêté l’intention,
voire la volonté de faire un mandat de plus comme Alassane Ouattara de la Côte
d’Ivoire ou Alpha Condé de la Guinée Conakry. Là où trois présidents
légitimement élus ont échoué à réviser, un putschiste ne réussira jamais à
rédiger une nouvelle constitution sans un large consensus. Donc soyez neutre et
arbitrez pour que votre projet de rédaction d’une nouvelle Constitution ne
tombe pas à l’eau. Aujourd’hui compte
tenu des soupçons et autres sentiments d’exclusion de certains acteurs, le projet en l’état a moins de chance d’aboutir
surtout si vous êtes candidat à la présidentielle.
Youssouf
Sissoko
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