Culture : Samory Touré, (1830-1900) Chef Malinké
Le capitaine Binger, qui
rencontra Samory en 1887 pour le dissuader de mettre le siège devant Sikasso,
décrit l’Almamy comme «un grand et bel homme
d’une cinquantaine d’années; ses traits sont un peu durs… Il a le nez long et
aminci, ce qui donne une expression de finesse à sa physionomie; ses yeux sont très mobiles, mais
il ne regarde pas souvent son interlocuteur en face …»
Dernière grande figure de l’Afrique
précoloniale, Samory Touré a tenté de se constituer un État dans les hautes vallées
du Sénégal et du Niger, dont la richesse en or avait fait la fortune des
empires du Ghana et du Mali. Cela se passait à une époque où les puissances
européennes, en particulier la France et la Grande-Bretagne, avaient jeté leur
dévolu sur la région.
D’origine malinké, Samory est né à
Maniambalandougou, dans le sud de la Guinée. Il se fait dioula (colporteur)
comme son père, transportant et échangeant les noix de cola, les armes, les bovins
et les esclaves.
Allié des Camara animistes par sa
mère, mais musulman par son père, il peut compter sur l’aide des populations de
la région, et même des Cissé chez lesquels il séjourne pendant cinq (05) ans
pour apprendre le métier des armes.
Devenu un homme mûr, il emploie tour à
tour la ruse et la force pour mettre les populations de son côté en se faisant
d’abord accepter comme chef de guerre (keletigui), puis comme maître du sabre
(mouroutigui), pour devenir enfin de compte faama (chef ou souverain). Il se
constitue une armée disciplinée, une cavalerie efficace. Son passé de
colporteur lui permit d’acheter des fusils que les Européens vendent sur la côte
en échange d’esclaves. Il s’installe à Bissandougou, sur la route de Kankan (1873).
Il soumet successivement les Cissé et les Condé, puis investit Kankan (1881).
Le
souverain animiste Sagadigui ne sera battu qu’en 1884; la route du Bouré
et de ses gisements aurifères est enfin ouverte: Samory peut maintenant prendre
le titre d’almamy (imam). Mais la religion n’est pour lui qu’une arme de plus pour
mettre les lettrés de son côté et s’inscrire dans la grande tradition des
conquérants du Soudan. Il lance des campagnes contre les animistes qui sont désorganisés.
Son but semble alors Bamako,
l’actuelle capitale du Mali; elle ne présente qu’une importance relative, mais c’est une étape
importante du commerce dioula sur la route de Djenné et de Tombouctou. Il se
heurte alors à un obstacle qu’il cherchait à éviter, tout en sachant bien qu’il
lui faudrait un jour l’affronter. La France, en effet, le prend de vitesse et
s’installe à Bamako (1883), bien heureuse de trouver un allié face au
conquérant malinké.
La rencontre avec le Français prend
l’allure d’escarmouches, parfois de batailles sanglantes (Niagasola, Siguiri).
Samory signe néanmoins un traité (Keniekoura, 1886), qui est confirmé par la venue en France d’un
de ses fils, et par un second traité l’année suivante (Bissandougou, 1887).
En nécessitant toujours plus d’armes (fournies
par les Britanniques), c’est-à-dire toujours plus de captifs, les guerres de
Samory sont devenues impopulaires, ce
dont profitent les Européens qui rognent toujours plus sur ses conquêtes. Les
villes refusent d’ouvrir leurs portes à Samory et s’enferment derrières des enceintes dont chaque cité et même
chaque village important sont entourés en raison de l’insécurité et de la
traite qui dévastent le Soudan. Samory en vient à faire fabriquer des fusils
par ses forgerons. Il met en vain le siège devant Sikasso, au Sud de l’actuel Mali,
puis, de rage, décide de châtier Kong, la grande ville marchande de l’époque,
qui a préféré le commerce avec la France à l’alliance avec un homme qu’elle
sait battu. Incendiée, Kong ne s’en va pas (1897).
Pressé par la France dont il mesure la
puissance militaire, Samory pratique la politique de la terre brûlée et finit
par se réfugier à la frontière du Liberia, où il est capturé par un détachement
français. Envoyé en résidence forcée au Gabon, il y meurt peu après, en 1900.
Source : «Dictionnaire de l’Afrique», Bernard
Nantet.
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