Cour constitutionnelle : le référendum « en référé » ?
Si
l’Etat du Mali s’est engagé au respect de ses engagements quant à la fin de la
Transition, pour février 2024, il doit agir pour que la page du récent
référendum soit rapidement tournée.
Pour
que le processus électoral s’accélère, afin d’être dans les délais de cette
Transition, l’Etat doit mettre le paquet à travers une véritable course contre
la montre. Et si la Cour constitutionnelle, une des institutions phares de la
République, doit prendre tout son temps (comme deux mois) pour vider le
contentieux référendaire en proclamant les résultats définitifs de cette
consultation, le risque de glissement du calendrier sera encore plus grand.
Or,
en Droit (surtout chez les publicistes), la théorie dite « des
circonstances exceptionnelles » impose une certaine célérité en abrégeant
des délais dans nombre de procédures. Ce principe juridique ne devrait-il pas
motiver les 9 juges de la Cour constitutionnelle à hâter l’arrêt portant
résultats définitifs du référendum constitutionnel du 18 juin dernier ?
Possible. Car, ce que la loi n’interdit pas est permis, surtout pour …raison
d’Etat ! N’urge-t-il pas que le pouvoir de Transition se crédibilise
davantage, à travers le respect de sa parole donnée, en mettant tout en
œuvre pour appeler le peuple aux urnes en février 2024? Rien n’est moins souhaitable,
eu égard à la lassitude qui s’empare des populations du fait du mal-vivre
actuel..
Même
si selon certains spécialistes, la loi ne prévoit aucune possibilité du « référé »
chez le juge constitutionnel, les circonstances du moment incitent divers
acteurs à plaider pour une accélération de l’intervention de la Cour
constitutionnelle, pour tourner la page du référendum du 18 juin 2023. Puisque
tant que les 9 sages n’auront pas tranché.
Or,
il faut noter que certaines requêtes visant à faire annuler le scrutin
référendaire causent du tournis dans les méninges des 9 sages et de leurs
conseillers. Le magistrat Cheick Mohamed Chérif Koné, le Coordinateur du
mouvement Appel du 20 février pour sauver le Mali (initiateur de la plupart des
requêtes en annulation de ce référendum) invoque le manque de sincérité, le
manque de légitimité et la violation de la loi pour soutenir sa demande d’invalidation.
Si le verdict tarde à tomber, cela suscite des supputations. Les juges de la
Cour constitutionnelle, avec à leur tête le magistrat et ancien Vérificateur
Général Amadou Ousmane Touré seraient dans l’embarras ou dans un dilemme par
rapport à aux décisions à prendre. Les 6 juges seraient divisés dans leurs
délibérations au point de retarder un peu le verdict final. Tout compte fait,
l’on ne cesse d’enregistrer réunions sur réunions au palais du juge
constitutionnel. Ce qui suscite bien d’appréhensions et retarde par ricochet
l’évolution du processus électoral.
Il faut rappeler qu’en général, un référé est
une procédure d'urgence, qui permet au
juge de prendre des mesures provisoires. Le référé ne permet pas de
régler définitivement le litige. Le procès qui permet de régler le litige,
qu'on appelle procès au fond, peut avoir lieu plus tard.
Pour
agir rapidement devant le tribunal, le référé peut être adopté. C'est une procédure judiciaire d'urgence qui permet, dans le
respect du débat contradictoire : Débat où chaque partie est en mesure d'exposer son point de
vue et de discuter des preuves, faits, arguments liés à l'affaire concernée,
de prendre des mesures provisoires et rapides pour régler un litige
Il faut aussi préciser que le référé
est possible lorsque la loi le prévoit, en cas d'urgence,
d'obtenir une décision pour le procès principal selon une procédure appelée procédure accélérée au fond. À la différence du
référé qui est provisoire, elle permet au juge de prendre une décision rapide
et définitive. Par exemple, en matière civile,, pour forcer un copropriétaire à
verser une somme d'argent pour la réalisation de travaux urgents.
Dans certains cas très urgents, un
référé est possible en quelques heures. On l'appelle référé d'heure à heure. Le juge peut être saisi très
rapidement y compris les week-ends et les jours fériés. Il peut par exemple, en
référé, interdire la diffusion d'une image ou d'un contenu illicite sur
internet. Heureusement que la matière civile a des exigences plus flexibles,
car tenant compte des intérêts privés que le Droit constitutionnel. Ce qui
n’empêche pas que le juge constitutionnel fasse diligence pour dire le droit,
malgré le délai non étriqué.
Baba Djilla SOW
Source : Mali-Horizon
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