Abdelaziz Bouteflika: qui était l'ancien président algérien décédé à 84 ans
La crise profonde qui frappe l’unité industrielle aurait poussé la direction à arrêter la production, privant de salaire beaucoup de travailleurs. Le chef du gouvernement, en tournée dans la région récemment, a laissé entrevoir la reprise des activités sous peu
Jeudi
5 août dernier à Ségou. Matinée de retrouvailles, d’espérance pour des
travailleurs de la Compagnie malienne de textile (Comatex-S.A), en arrêt
de travail depuis juillet 2020.
Presque déserte depuis
longtemps, la cour de cette ex-société d’État, inaugurée en 1968,
recouvre le temps d’une visite son ambiance habituelle. Salutations
d’usage et cordiales. Les visages affichent optimisme et envie réelle de
reprendre le travail. Une foule en liesse accueille le ministre de
l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed, en visite
d’imprégnation de quatre jours dans les unités industrielles implantées
dans la région.
Ce patrimoine industriel malien est la colonne
vertébrale de l’économie de Ségou. Il nourrit directement ou
indirectement des milliers de Ségoviens. La Comatex est pour la Cité des
Balanzan ce que les usines sucrières de Sukala S.A représentent pour
Dougabougou et Siribala, également implantées dans la région. Elle
rythme la vie économique. Malgré la présence aujourd’hui de plusieurs
autres unités industrielles qui tirent l’économie locale vers le haut.
La
direction de l’entreprise a entretenu les lieux pour accueillir le
ministre Mahmoud Ould Mohamed. Cet effort de dernière heure n’a
visiblement pas suffi pour camoufler l’état de déliquescence de l’unité
industrielle. La Comatex vit actuellement un des pires moments de son
existence. La délégation ministérielle, conduite par des travailleurs,
visite les coins et recoins.
L’état des magasins et machines
vieillissantes est peu reluisant. Le premier magasin inspecté est dans
un état dramatique. Les vieilles machines sont couvertes de poussière.
Rats et souris sont devenus les maîtres des lieux. Les eaux de pluies
suintent à travers les plafonds. Des débris de coton et d’étoffes de
tissus jonchent le sol. À vu d’œil, tout est à refaire.
Comment
en est-on arrivé là ? Le porte-parole des ouvriers, Adama Traoré, pointe
du doigt « la mauvaise gestion et l’opacité » des responsables de
l’entreprise. La mauvaise gouvernance aurait entraîné des difficultés de
paiement des salaires des ouvriers.
Pour d’autres, c’est le
départ des partenaires chinois qui ont décidé d’arrêter la production en
libérant les travailleurs pour cause de Covid-19 qui aura été le coup
fatal. La campagne cotonnière catastrophique qui a vu la production
nationale dégringoler, n’est pas non plus étrangère à la situation.
ARRIÉRÉS DE SALAIRES-
Considérant la méthode utilisée pour les mettre en chômage comme un
abus voire un mépris, les travailleurs ont intenté un procès contre la
direction au niveau du Tribunal du travail de Ségou pour obtenir le
paiement des arriérés de salaires. «Nous avons gagné le procès, nous
attendons d’entrer en possession de nos dus », explique Adama Traoré.
Le ministre Mahmoud Ould Mohamed avait visité les installations lors de son dernier passage à Ségou
Pendant
ce temps, des ouvriers viennent chaque jour au travail, excepté les
dimanches. Car, pense le porte-parole, le chômage technique des
travailleurs décidé par la direction est sans fondement légal. «Nous
sommes toujours des employés de la Comatex. Nous trouvons cette décision
de chômage technique illégale. Certains responsables qui sont à
l’origine de cette situation, bénéficient toujours de leurs salaires et
primes. Cela est illégal», fustige le syndicaliste.
Cette
injustice, insiste Adama Traoré, est d’autant inacceptable que la grande
majorité des ouvriers peine à trouver de quoi faire bouillir la marmite
et subvenir aux besoins de leurs familles. « Chacun se débrouille. À
cause des difficultés liées au chômage, certains couples ont fini par
divorcer. Leurs épouses n’arrivant pas à comprendre ou à supporter la
situation », déplore Adama Traoré.
Rencontré sur place, un
ouvrier qui a souhaité grader l’anonymat, raconte son calvaire
quotidien. « Chaque jour, des petites disputes troublent la quiétude
dans mon foyer. Je ne m’entends plus avec ma femme, ni avec mes enfants
», souffle celui qui dit être obligé de faire de petits travaux
champêtres pour autrui afin de pouvoir joindre les deux bouts. «
Parfois, je n’en trouve même pas. J’ai hâte que les travaux reprennent
afin de travailler et gagner de l’argent pour subvenir aux dépenses
familiales », s’exclame-t-il.
Les souhaits de ces employés
pourraient être une réalité dans les jours et mois à venir. L’assurance a
été donnée par le Premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maïga, en visite
récemment dans la région. Le chef du gouvernement a assuré qu’un autre
partenaire stratégique a été identifié pour la reprise des travaux. En
attendant, « le paiement dans les jours et mois à venir des 2 milliards
de Fcfa d’arriérés de salaires » pourrait soulager et stabiliser les
familles, a promis le chef du gouvernement.
D’autres entreprises
industrielles vivent la même situation. Elles sont en arrêt de
production faute de matière première à cause des effets pervers de la
pandémie de Covid-19. Balanzan est une usine qui produit des sacs pour
riz et sachets plastiques de couleur noire. Elle employait 200 ouvriers à
ses débuts en 2018. La pandémie ayant tout bouleversé, l’unité
industrielle tourne avec seulement 70 personnes.
La
production est passée de plus de 12 millions de sacs par an à moins de 6
millions, selon le responsable de service. À l’usine Ba Mariama, qui
produit de l’huile alimentaire, tout le personnel est au chômage. Les
gardiens assurent le service minimum.
Tout comme eux, des
centaines d’ouvriers d’autres industries implantées dans la Région de
Ségou fondent beaucoup d’espoir sur la reprise rapide des travaux. Afin,
disent-ils, de mettre fin à leur angoisse.
Envoyée spéciale
Fadi CISSÉ
Nouveau commentaire